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Elections municipales: la politique à coups de revolver…

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Reportage Claudio Costa
Adaptation Jean-Jacques Fontaine

Les brésiliens se sont rendus aux urnes début octobre pour désigner leurs autorités municipales. Un rendez-vous qui depuis le retour de la démocratie en 1985, mobilise fortement, chaque 4 ans, les citoyens. Hélas, cette année encore, la campagne électorale n’a pas été exempte de violence : une vingtaine de candidats ont été assassinés, des dizaines d’autres empêché d’aller pêcher des voix dans certains zones périphériques des grandes villes comme Rio de Janeiro.

 

 

Le meurtre début septembre, de Gilson Gonçalves de Carvalho, candidat au Conseil municipal de Mesquita (banlieue ouest de Rio de Janeiro), ajoute un chapitre supplémentaire à la série des décès liés aux disputes politiques qui touchent la région périphérique de la Baixada Fluminense. En juillet, Orney Pereira dos Santos a été abattu de 6 coups de feu sur l’Avenue de Automobile Club. Lui aussi visait un siège dans un Conseil municipal, celui de Magé.

Dans plusieurs communes, interdiction a été faite à des candidats opposés aux tenants du pouvoir local de pénétrer dans certains réduits électoraux. Et ceux qui persistaient ont été menacés de mort. C’est ce qui est arrivé à X, candidat à Queimados, (il a demandé à garder l’anonymat pour ne pas venir grossir la liste des politiciens tués). « J’ai déposé plainte et demandé une protection à la police locale, mais je ne me sens pas en sécurité. » S’il lui arrive quelque chose, il ne sera pas la première victime à Queimados.

Chronologie de la violence

En mars 2002 en effet, Ismael Lopes, autre conseiller municipal, a été l’objet d’un attentat dont il a réussi à échapper de justesse. « J’ai reçu une lettre anonyme à la radio dans laquelle je travaillais. Des gens me disaient préparer mon assassinat. Le soir d’après, quatre hommes ont fait irruption à moto dans les locaux. Comme ils ne m’ont pas trouvé, ils ont agressé les volontaires qui étaient présents », raconte-t-il. Après un premier mandat, Ismael Lopes, n’a pas voulu se faire réélire. D’après lui, les raisons pour lesquelles il a été persécuté résident dans le fait qu’il a dénoncé la création par les Conseillers municipaux de Queimados, de 81 postes de complaisance dans la commune. Il a été le seul à ne pas être d’accord avec ces pratiques.

Lors des élections municipales, en 2004, 14 hommes politiques ont été assassinés ou victimes d’attentats dans la Baixada Fluminense. La ville de Caxias détient le triste record : trois décès et quatre attentats. En 2005, l’ex-député Albertino Gomes, membre de la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur des détournements de fonds opérés lors de la construction de la décharge municipale, a été tuée de trois tirs, dans le centre de Belford Roxo, une autre ville de la Baixada Fluminense.

Autre cas, toujours en 2005, le décès de Norberto Mendes Soares, quelques heures après avoir été investi de sa fonction de préfet. Et en 2006, Sebastião Alves, conseiller municipal de Duque de Caxias, est assassiné de cinq coups de feu à l’entrée du centre social qu’il dirige. La même année, Chiquinho Grandão, lui aussi conseiller municipal de Caxias, est blessé par balles dans un parc des environs de la ville.

L’armée et la police déployées pour les élections de 2008

Pour les élections de cette année, les 28 communautés pauvres de Rio de Janeiro ont pu compter avec la présence de soldats des forces armées pendant la période électorale. Mais, aux dires du lieutenant-colonel André Luiz Novaes, porte-parole du Commandement Militaire de l’Est, « l’objectif n’est pas de protéger les candidats, mais de garantir la sécurité et la liberté des électeurs dans ces localités ».

Le commissaire de la 53º Délégation de Police de Mesquita, António Silvino Teixeira, responsable de l’enquête sur le meurtre de Gilson Gonçalves de Carvalho, affirme lui, que la majorité de ces assassinats politiques dans la région sont liés à des luttes de pouvoir :

« Tous ces crimes obéissent en arrière fond à des motivations purement économiques. Ils découlent d’accords politiques basés sur la pratique des pots de vins et du chantage ». Autre facteur aggravant, la certitude de l’impunité pour les coupables qui jouent sur la crainte de la population : « les agresseurs comptent sur le fait que les gens ont peur de parler. C’est donc très difficile de faire aboutir une enquête. S’il n’a pas témoin, comment voulez-vous traduire en justice un accusé? »

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