Vivafavela en français

Du talent et de l’énergie…

Publicités

Reportage Renata Sequeira

Adaptation Jean-Jacques Fontaine

 

Ils sont jeunes, talentueux et habitent la favela du Morro do Adeus. L’un a créé il y a 3 ans un journal qu’il distribue dans la communauté, l’autre est un sportif de compétition qui pratique le taekwondo. René Silva et Daniel dos Santos ont  encore du chemin à faire, mais ils nous montrent qu’il faut être déterminés si l’on veut réaliser ses rêves.  

                                                                          

                               

L’un pratique le sport de compétition et a gagné une médaille de bronze lors des championnats d’Etat de l’année dernière. L’autre fait ses premières expériences dans la communication à travers la création du journal « La Voix de la Communauté ». Ils ont en commun d’être jeunes et de vivre dans la favela du Morro do Adeus. Daniel dos Santos, 18 ans, est le seul praticien de taekwondo dans le bidonville. Il va se rendre à Londrina pour sa première compétition à l’extérieur de Rio de Janeiro. René Silva, 14 ans, commémore lui, le troisième anniversaire de la création de son journal

 

Pas franchement doué pour le sport…

 

Malgré leur jeune âge, Daniel et René ont beaucoup à raconter. Ainsi, pour Daniel, l’entrée dans le monde de la compétition s’est faite de manière tout à fait fortuite. « Je ne m’intéressais pas au sport, même si je faisais un peu de karaté. Le professeur était chômeur à l’époque. Après, il a trouvé un travail et n’a plus pu donner ses leçons. C’est à ce moment que  mon cousin, qui pratiquait le taekwondo, au Village Olympique de Carlos Castilho, situé dans une favela voisine, m’a fait venir. Je m’entraîne là-bas depuis une année et demi ».

 

Fort des médailles conquises et des encouragements reçus, Daniel a réussi à vaincre les obstacles et à faire carrière dans le sport. Le principal écueil, c’est la rivalité entre les 2 favelas, celle du Morro do Adeus et celle du complexe de l’Allemand où est situé le village olympique, qui sont dominées par des factions criminelles rivales. « Je ne dis pas que je viens du Morro do Adeus, je prétends que j’habite Inhaúma, un endroit neutre. Même l’entraîneur ne doit pas savoir où je vis ».

 

L’aide de Mariza

 

Daniel ne se sens pas en danger, mais il prend ses précautions pour que personne ne le voie sortir de chez lui. « Mes propres camarades de cours m’ont déjà menacé parce que je viens d’ailleurs. Eux, ils vivent tous dans le complexe de l’Allemand. Quelquefois, j’ai dû m’enfuir en courant parce qu’ils voulaient me battre ». A cause de cette violence, Daniel a redoublé la 2º année de l’école secondaire.

Face à cette situation, Mariza do Nascimento, une voisine, a décidé d’aider Daniel à réunir l’argent nécessaire pour qu’il puisse participer à des compétitions. Quand on aborde avec elle le sujet de la violence,  elle dit qu’ « entre les voir mourir ou recevoir une éducation, les parents préfèrent que leurs enfants n’aient pas à l’école ».

 

Mariza a réussi à collecter R$400 (250 frs / 150 euros) pour payer le bus, le logement et l’inscription de Daniel à son premier tournoi. « Je n’avais pas d’argent, mais je voulais l’aider d’une manière ou d’une autre. J’ai donc raconté son histoire à des connaissances qui en ont parlé à l’Unicef. C’est comme ça qu’on a trouvé les sous ». Mariza connaît Daniel depuis qu’il est tout petit. « Je sais que je ne vais pas changer le monde, mais je ne peux pas faire semblant de ne pas voir ce qui se passe. En plus, Daniel est doué. Le fait qu’il puisse se déplacer et participer à des compétitions nous remplit de fierté dans la communauté ».

 

Daniel sait que tous n’ont pas sa chance : « Marcos Roberto, l’entraîneur m’encourage beaucoup. Il a réussi à obtenir un rabais pour mon logement, mais sans l’argent de Mariza, je n’aurais pas pu y aller ».

 

La petite voix de la communauté                           

 

Pour René dos Santos, il s’agit d’une vocation précoce. A 11 ans, il a fondé dans son collège le journal la Voix de la Communauté. « J’étudiais à l’école municipale Alcide de Gaspari et les élèves faisaient déjà un journal scolaire. J’étais en 5ª et j’ai décidé d’y participer. Mais ça ne me suffisait pas, alors j’ai décidé d’en faire un pour la communauté du Morro do Adeus ».

 

Au début, René peut compter avec l’aide de ses cousins et de collègues de l’école. « Nous nous réunissions les lundis, mercredis et vendredis, de 9h à 11h, au siège de l’association des habitants. Nous utilisions l’ordinateur du collège ou celui de l’un d’entre nous ».

 

Aujourd’hui, la Voix de la Communauté se finance par la publicité et est diffusée dans les quartiers voisins. « Je pratique des tarifs très bas, mais ce sont les annonces qui font vivre le journal. Le propriétaire de l’imprimerie, par exemple, nous fait une remise et il reçoit gratuitement le papier d’un autre annonceur », raconte le  jeune entrepreneur, qui a aussi créé une page internet.
( http://www.jvozdacomunidade.com.br/ )

Très souvent, les habitants de la communauté eux-mêmes participent à la confection du journal : « Mes voisins proposent des sujets. Mais je cherche aussi beaucoup sur internet », explique le jeune homme qui rêve de devenir un jour, journaliste professionnel. En attendant, grâce à son journal, René a déjà obtenu une bourse d’étude pour aller dans une école privée de la région. « C’est la directrice elle-même qui est venue me chercher et qui a parlé à ma mère ».

Publicités

Publicités