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Le Brésil, un pays sous-alimenté ?

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Reportage Fabiana Oliveira

Adaptation Jean-Jacques Fontaine

Depuis une dizaine d’année, la faim a largement reculé au Brésil. Ainsi, le nombre d’enfants de moins de 5 ans souffrant de dénutrition aiguë a été réduit de 13% à 7% dixit le Ministère de la Santé. Mais le Brésil doit toujours faire face à des problèmes d’insécurité alimentaire qui provoquent des dégâts sur la santé

 

 

Selon les données de l’Institut de Géographie et de Statistique (IBGE), 72 millions de personnes se réveillent chaque jour sans garantie de pouvoir faire trois repas quotidiens équilibrés. Car en plus du manque, c’est la mauvaise alimentation qui fait aujourd’hui des ravages, explique Lilian Gullo, responsable du département nutrition du Service Social du Commerce de Rio de Janeiro (SESC):

« Une alimentation déséquilibrée dans laquelle il manque des protéines et de la verdure a pour conséquence diverses maladies, l’anémie, le diabète, l’hypertension et même, oui, l’obésité. À Rio de Janeiro, 28,3% de la population est victime de cette insécurité alimentaire. Pourtant, ce que peu de gens savent, c’est que même en ville, il est possible de manger bien pour pas cher ». Le SESC a donc mis sur pied le Programme de Nutrition Alternative Saine et Économique, basé sur l’enseignement de techniques d’utilisation non conventionnelle des aliments. « Afin de développer des habitudes nutritives saines et de combattre le gaspillage, ce qui a aussi pour effet d’améliorer l’état du budget familial, » poursuit Lilian.

Les gens apprennent ainsi à transporter et à conserver les aliments de manière plus hygiénique, mais aussi à utiliser l’écorce et les tiges des plantes. « En général, les gens achètent des légumes et arrivés à la maison, ils les épluchent grossièrement. Ils jettent la pulpe qui est la partie la plus nutritive ».

Une partie importante de ce programme de sensibilisation est dédiée aux enfants à qui l’on apprend de manière ludique à prévenir les maladies chroniques causées par la mauvaise alimentation comme les diarrhées à répétition ou le diabète. Ces ateliers ont lieu toute l’année dans toutes les unités du Programme, afin de provoquer un changement massif et radical des habitudes alimentaires dans la population:

Planter chez soi

Autre manière d’améliorer la qualité des repas quotidien, le potager familial. C’est possible, même en zone urbaine. Carlos Alberto Da Silva, président de l’organisation « Ecologic Bike », a développé à Magé, dans la proche banlieue de Rio, un programme d’incitation à la création de tels potagers. Il explique qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un grand espace pour cultiver des aliments à la maison.

« Cela peut être fait dans n’importe quel récipient. Il suffit d’avoir assez de place pour un peu de terre et des semences ». Même un mouchoir de poche permet de cultiver différentes choses, qui contribuent à une alimentation saine et exempte de pesticides. « J’ai une amie qui fait pousser des carottes à l’intérieur de son appartement ! Chacun peut planter ce qu’il aime et récolter ce qu’il veut. » poursuit Carlos.

José Carlos, 50 ans, qui habite la communauté de Santo Aleixo, à Magé a décidé de s’y mettre. Au total, onze personnes à la maison. Pas facile de maintenir un bon niveau d’alimentation pour tous avec sa maigre pension de retraité. « A une époque, je devais acheter 30 boîtes de lait par mois. Une fortune ! Je fais de tout, mais il ne manque jamais d’un peu de « mixture » dans la nourriture ». La « mixture », ce sont la viande, les œufs ou le poisson.

José Carlos dépense R$900 par mois (580 frs suisses / 350 euros) pour l’alimentation. Dès qu’il aura son potager, il pense économiser beaucoup et manger mieux. Comme le faisait son beau-père, mort à 88 ans. « Lui aussi cultivait un potager. Il n’a pas jamais acheté un médicament. Il avait tout planté dans son jardin, des légumes et des plantes médicinales».

Une vie plus saine

Sur le site de la Coordination de la Politique d’Alimentation et de Nutrition du Ministère de la Santé (CGPAN), on peut lire qu’ « une alimentation saine doit favoriser la substitution d’aliments malsains par des aliments plus équilibrés, tout en respectant l’identité culturelle et les modes alimentaires des populations et des communautés ».

Cela implique de revaloriser des légumes, des fruits et des tubercules traditionnelles. Donato Domiciano Da Silva, 53 ans, les connaît bien, ces espèces tombées en désuétude aujourd’hui. Il accueille régulièrement ses trois petits enfants chez lui, et comme il a toujours cultivé un potager, il leur fait goûter ces produits qu’on ne connaît plus.

Il dépense R$500 par mois pour nourrir toute la famille. Pas plus parce qu’il plante une bonne partie de ce qu’il consomme. « Devant la maison, j’ai du basilic, de la moutarde, de la menthe, du chou, deux types de coriandre, du poivre et du safran. Et dans le jardin, un peu plus loin, des bananes, des haricots noirs et beaucoup d’autres plantes de la région ».

Ce potager, il l’a créé sur un terrain vague couvert de mauvaises herbes. Et il a fini par produire tellement que d’autres en profitent. « Ce que nous ne consommons pas, nous le donnons aux voisins. Les jours où il n ‘y a pas de verdure dans l’assiette, c’est qu’on ne veut pas en manger. Parce qu’on n’en manque plus jamais ! En puis ici, c’est mieux qu’au marché parce que tout est naturel ».

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