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Reportage: Renata Sequeira

Adaptation Jean-Jacques Fontaine

Dans les quartiers industriels du nord de Rio de Janeiro, des usines abandonnées et squattées sont réhabilitées. C’est une solution pour créer des logements, des écoles ou des centres de santé aux abords des favelas. Et c’est aussi une alternative au manque d’espace disponible pour que les pouvoirs publics puissent construire des équipements et des logements sociaux.

 

   
Dans le Complexe de l’Allemand, (un vaste ensemble de bidonvilles du nord de Rio de Janeiro), les travaux du PAC rendent nécessaire le relogement de nombreuses familles, mais il n’y a pas d’espace disponible. (Le PAC, Programme d’Accélération de la Croissance, est un vaste programme d’infrastructures lancé en 2007 par le gouvernement fédéral, au sein duquel un volet est consacré à l’assainissement et la réhabilitation des bidonvilles). Quatre usines abandonnées vont donc être transformées en 2500 nouvelles résidences.

A Manguinhos, 6000 personnes qui occupent depuis sept ans l’usine désaffectée de la CCPL, vont recevoir un titre de propriété. Les bâtiments seront rénovés avec les ressources du PAC. Dans la favela de Mangueira, une étude a été lancée pour installer des équipements sociaux dans des hangars et des usines abandonnées le long de la Rue Vicomte de Niterói.

Un abandon en 3 étapes

Mauro Almada, architecte et secrétaire exécutif de l’ONG Vivercidades avance 3 raisons pour expliquer l’abandon de ces usines : « Avec le déplacement de la capitale fédérale à Brasilia à la fin des années 50, Rio a connu une période de vide qui a provoqué une perte économique conséquente. Beaucoup d’industries se sont déplacées à São Paulo et dans le Minas Gerais. Ensuite, ces terrains abandonnés, qui étaient proche des bidonvilles, se sont dévalués. Enfin, il y a eu les invasions de squatters. Beaucoup de ces usines ont été envahies et se sont transformées en logements sauvages ».

C’est le cas de la CCPL. Les occupants – habitants attendent maintenant la fin du recensement pour savoir quelles familles vont recevoir un titre de propriété. La plupart d’entre eux sont venus des bidonvilles voisins, Jacarezinho et Arará, et ils veulent croire qu’ils vont enfin avoir accès aux services d’assainissement, à l’électricité, au ramassage des déchets et à un vrai bureau de poste.

« Ici, on appelle ça une favela, mais en fait, c’est un condominium. Quand on est arrivé, l’usine était déjà désaffectée. Nous avons essayé d’organiser l’espace pour éviter qu’il se transforme en dédales de ruelles et d’impasses », explique Welson de Melo, le président de l’association des habitants. Les 1600 familles doivent payer un loyer mensuel de R$10 (6 frs suisses / 3,80 euros), mais seules 5% s’en acquittent ! L’argent récolté est redistribué aux volontaires de la communauté qui assurent la voirie et différents autres services. La poste, par exemple, est assurée par le siège de l’association qui regroupe le courrier et où les habitants viennent le chercher.

«On nous a dit que le recensement était une première étape et qu’ensuite, les résidences allaient avoir des numéros. >il y a aussi un autre grave problème : c’est la lumière. La compagnie d’électricité, la Light, n’entre pas ici parce qu’elle allègue que c’est une invasion ».

Welson était locataire à Jacarezinho et il a réussi à trouver un espace à l’intérieur de l’usine trois mois après l’invasion. « Aujourd’hui, la communauté ne grandit plus. Mais il a encore beaucoup de personnes très pauvres qui y vivent. Surtout dans les zones non couvertes. Ils vont devoir se déplacer dans les immeubles qui sont en construction sur le terrain d’à côté où il y avait une caserne. Ceux qui n’iront pas recevront une indemnisation ».

Jonatas Cabral fait partie de ceux qui devront déménager. La baraque qu’il habite est une des 24 qui doivent être démolies. « Je n’ai pas encore décidé si je vais accepter un appartement ou prendre l’argent de l’indemnisation et partir. Avant de construire cette cabane, je vivais avec six personnes dans un des bâtiments, à l’intérieur de l’usine. Mais c’était très précaire ».

Usines transformées en logements à l’Allemand

Dans le Complexe de l’Allemand, quelques usines sont déjà transformées et d’autres en phase de négociation. L’ancien hangar de la société Cavo deviendra une place publique entourée de 268 unités d’habitation. Une maison modèle est déjà exposée.

 » On ne peut plus construire de maisons à l’intérieur du Complexe de l’Allemand lui-même, il n’y a plus de place. Alors c’est une très bonne initiative du gouvernement d’exproprier ces usines. La construction est moins cher parce que la valeur payée pour le terrain a été négociée. Dans une autre usine, la Poesy, on va profiter des installations existantes et faire quelques adaptations pour construire une école, un centre de santé et un atelier d’artisans», explique Wilson Fernandes, maître d’oeuvre des travaux du PAC dans le Complexe de l’Allemand.

« Cela va amener plus de vie dans le voisinage et valoriser économiquement la région. Avec des logements décents, on pourra même voir réapparaître des magasins » rêve Wilson.

Une entreprise vielle de 51 ans, la Daru Contrôles Graphiques, à l’Avenue Itaoca est une des dernières encore en activité. Plus de la moitié de ses employés vit dans le Complexe de l’Allemand. Daru Contrôles Graphiques attend une aide du gouvernement. « Sans incitation des pouvoirs publics et sans investissements dans la région il sera difficile pour nous de continuer ici. Quand on voit les autres usines fermer et s’en aller, cela décourage. Mais en même temps, ce serait très compliqué de déménager », explique Maridete Muller, directrice du Marketing.

L’entreprise a récemment agrandi ses installations pour développer de nouveaux produits et engagé de la main d’oeuvre de la communauté. Elle ne pense donc pas à partir, mais l’image négative de la région effraye ses clients et certains de ses employés. « J’ai engagé un stagiaire dans mon secteur mais il a tout de suite démissionné sous pression de sa famille », raconte Maridete.

Ricardo Coutinho, 48 ans, a toujours vécu dans la communauté et travaille depuis 23 à la fabrique. Il se souvient d’une époque de grande activité économique. « Il y avait beaucoup d’animation, surtout à l’heure du déjeuner, quand les ouvriers allaient dans les restaurants. Maintenant, c’est vide. Les emplois ont beaucoup diminués. Ma fille travaille à l’aéroport. C’est à côté et quand elle doit rester tard à son travail, elle ne trouve pas de taxi pour rentrer. Les chauffeurs ont peur de venir ici ».Si le gouvernement réussit à rétablir la sécurité pour tout le monde dans cette zone, les usines ne partiront pas, croit Ricardo.

Ceux qui souffrent aussi avec la fermeture des usines, ce sont les anciens employés qui se battent en justice pour recevoir des indemnisations. « J’étais couturière au Poesy et tout ce qu’on a su c’est que l’entreprise a fait faillite. Ma soeur a fait un accord avec la justice et elle a reçu une petite indemnité. Moi, je n’ai pas accepté et ça fait quatre ans que j’attends de recevoir mon argent », raconte Estela Silva, 48 ans, habitante du Complexe de l’Allemand.

Dans quelques cas, la société n’a pas versé d’argent mais a payé les ex-employés avec les équipements ou des pièces de lingerie, à charge pour eux de les revendre ! Pour Maria Madalena, couturière elle aussi, la concurrence des produits importés a été décisive dans la fermeture de l’usine.  » C’était très difficile de résister aux prix très bas pratiqués d’autres pays, mais c’est malheureux que ça aie fermé, parce que beaucoup d’habitants du Complexe étaient employés dans l’usine. Et l’entreprise investissait dans l’éducation de ses fonctionnaires ».

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