Par Diego Kengen
Adaptation Jean-Jacques Fontaine
Qui sont ces hommes et ces femmes qui travaillent sur les chantiers du PAC, le programme d’accélération de la croissance ? Dans la communauté de Manguinhos, ils sont à peine 170 personnes, 3 mois après l’inauguration du chantier. C’est bien peu pour des gros travaux de réhabilitation censés être achevés dans 2 ans, mais ceux qui ont pu s’inscrire s’imaginent un avenir bien plus rose que leur passé…
Loin des projecteurs des médias, ce sont les ouvriers de la PAC qui sont les vrais responsables de la mise en oeuvre du programme. Pour savoir comment ils travaillent et quel chemin ils ont dû parcourir pour être engagés, Viva Favela est allé rencontrer certains d’entre eux dans les locaux d’une ancienne intendance de l’armée, la 1º D Sup, à Manguinhos, dans la Zone Nord de Rio de Janeiro. Premier constat : les travaux n’avancent pas vite… Seconde observation, ceux qui ont la chance de travailler ici préparent leur avenir. [ndt : le PAC ou programme d’accélération de la croissance a été lancé par le Président Lula au début de l’année 2007, en vue de lancer toute une série d’investissements publics dans des grands travaux censés stimuler la croissance économique du Brésil. Ces chantiers concernent autant des barrages hydrauliques que des axes routiers et la réhabilitations de plusieurs complexes de favelas dans de grandes agglomérations comme Sao Paulo et Rio de Janeiro. Les chantiers ouverts par le PAC nécessite une importante main d’oeuvre, ce qui doit permettre de donner du travail à des personnes vivant dans les zones touchées par ces projets. Une opportunité d’apprendre un métier et de sortir de la précarité que beaucoup aimeraient saisir. Le programme, toutefois, se met très lentement en place, il a déjà accumulé plusieurs mois de retard sur le planning initial et les employés engagés dansces grands travaux se comptent encore sur les doigts de la main..]
A notre arrivée il régnait un climat de décontraction absolue parmi les quelques 170 ouvriers qui revenait de la pause-déjeuner sur le chantier de Manguinhos. C’est qu’après quasi 3 mois de travaux, on en est toujours à la phase initiale, dite des « installations préparatoires », soit la construction des barraquements qui vont servir à abriter les différents corps de métier.
La responsable de presse du « Consortium Manguinhos » reconnaît que le travail avance à rythme lent et que pour un projet censé être terminé dans 2 ans, « il y a encore peu de main d’oeuvre en activité ».
Le recrutement des personnes intéressées à travailler comme manoeuvres, maçons, charpentiers, ou électriciens a été réalisé grâce à un bus itinérant qui a parcouru les rues de Manguinhos, mais aussi au-delà, tout le Complexe de l’Allemand voisin et la Rocinha dans la Zone Sud de Rio.
« Les inscriptions étaient ouvertes à tous. Elle n’étaient pas réservées aux seuls habitants des communautés bénéficiant des chantiers du PAC. Au terme de ce processus, on a fait des listes qu’on a transmises aux entreprises concernées. Ces dernières ont l’obligation, dans leur cahier des charges, d’employer une proportion importante de main d’oeuvre locale », explique Ícaro Moreno Júnior, Président de l’EMOP, l’Entreprise des travaux publiques de l’Etat de Rio de Janeiro.
Jonathan Viana dos Passos, 19 anos, habitant de Manguinhos, est une des personnes qui a été sélectionnée pour travailler comme manoeuvre. Il dit avoir été choisi parmi quelques 6.387 candidats. Jonathan mesure sa chahce car il considère que l’absence cruelle de possibilité de travail pousse les jeunes à chercher d’autres moyens de se procurer de l’argent facile.
« Quelques uns de mes amis sont sur ce chantier, mais la plupart vivent d’expédients et se bercent d’illusions. S’ils pouvaient avoir un emploi, peut-être que ça leur éviterait de s’engager sur un chemin sans issue. » Un chemin qui emprunte souvent des voies criminelles…
Jonathan a suivi l’école jusqu ‘à la 5ème année de l’enseignement moyen. « Aujourd’hui, je travaille comme manoeuvre, mais quand le chantier sera terminé, je vais chercher autre chose. J’aimerais reprendre les études pour me spécialiser et gagner un peu plus. »
Des femmes aussi…
Même si ces travaux font peu appel à des métiers typiquement féminins, quelques femmes ont su profiter de l’aubaine. C’est le cas d’Ana Lúcia Sampaio de Oliveira, 37 anos, qui vit à Jacaré. Mère de 6 enfants, elle a chosi de suivre un cours de maçonnerie « avec l’appui total de toute sa famille » qui a approuvé son choix professionnel :
« Mon mari et mes enfants m’encouragent. Ils savent que grâce à mon travail, je peux leur apporter un peu plus de confort et de sécurité, ce que je ne pouvais pas faire quand j’étais sans profession. La vie de maçon n’est pas facile parce que c’est un travail pénible. On s’en rend compte quand on met la main à la pâte. Et la vraie école, elle est ici, sur le chantier. On apprend avec les collègues plus expérimentés. »
Vanderlea Constantino Costa, 27 ans, vit la même histoire. Elle aussi est devenue maçon. Elle a 2 enfants et avant cette expérience, elle vendait des sandwichs dans la rue. C’est la première fois qu’elle a un contrat formel de travail.
« Cela renforce ma confiance en moi et m’aide à améliorer le revenu de ma famille. Mais le travail est dur. J’arrive à la maison morte de fatigue ». A la différence d’Ana Lúcia, Vanderlea a déjà une petite expérience des métiers du bâtiment : elle a aidé son mari à construire leur maison.
« J’ai gâché le ciment, empilé des briques et collé les catelles sur le sol. J’ai donc déjà une certaine habitude, ce qui m’a facilité les choses ici, pour m’adapter. »
Vanderlea et Ana Lucia ont toutes deux un point commun : ne pas avoir réussi à terminer leurs études. Elles espèrent cependant que ce n’est pas définitif, qu’elles pourront reprendre les cours l’an prochain et concilier école et tâches ménagères. « Je veux un avenir meilleur et pour cela, je dois reprendre les études. J’aimerais devenir une professionnelle capable de saisir toutes les occasions qui se présentent dans ma spécialité » conclut Ana Lúcia, qui a arrêté l’école après la 7ème année de l’enseignement de base.