Par Renata Sequeira
Adaptation: Barbara et Jean-Jacques Fontaine

La maison qui porte le numéro 10, dans la communauté de « Caminho da Cachoeira », à Jacarepaguá, zone ouest de Rio de Janeiro, n’est pas tout à fait comme les autres. Elle résonne de cris et de rires juvéniles. Les enfants viennent en effet y apprendre les rudiments de la science et de la santé… en jouant ! L’expérience a valeur d’exemple pour d’autres favelas du Brésil, qui abritent une importante population de jeunes sans formation et d’enfants mal scolarisés.
Selon un rapport de l’Institut d’Études de la Religion (ISER) daté de 2004, 30% des habitants de la communauté de « Caminho da Cachoeira », sont âgés de moins de 21 ans. Ils n’ont accès ni à la culture ni à des espaces de loisirs. C’est pourquoi la Fondation Oswaldo Cruz, -la Fiocruz, comme on l’abrège ici communément-, qui est chargée par le Ministère de la Santé de promouvoir l’éducation sanitaire, a choisi d’ouvrir à cet endroit son premier « Centre d’Éducation informelle en Science, Santé et Environnement ».

Adriana Assumpção est la pédagogue du projet
L’objectif est de rapprocher les jeunes et les enfants de la littérature, la science et la santé en dehors de l’espace formel des écoles. Pour étayer leur démarche, les responsables du projet ont résolument opté pour une méthode ludique : jeux, vidéos éducatives et livres pour la jeunesse.
C’est le résultat d’une démarche pragmatique, car pour proposer une éducation informelle de ce genre, il faut d’abord connaître l’environnement et faire une analyse des besoins. Dans le cas de la communauté « Caminho da Cachoeira », il manquait une bibliothèque. La seule qui existe dépend de l’école primaire du quartier et est réservée aux élèves.
« La littérature est un bon moyen de travailler avec ces enfants parce qu’à travers elle, nous pouvons renforcer l’alphabétisation. La lecture développe aussi la créativité, l’observation et l’aisance orale », explique Adriana Assomption, pédagogue responsable du projet.
Aujourd’hui, la maison n° 10, aux façades toutes blanches et aux fenêtres lilas abrite une vraie bibliothèque, mais aussi une vidéothèque et une cuisine, et elle offre beaucoup d’espace. Les enfants peuvent emprunter deux livres à la fois et les emporter à la maison. « Quand ils reviennent, je leur demande de raconter ce qu’ils ont lu à leurs copains. C’est une occasion pour eux de parler et d’échanger des idées », poursuit Adriana.
Au mois de mai, l’équipe du Centre, composée d’Adriana, d’un biologiste et d’une infirmière, a développé des activités en rapport avec l’eau. La journée de l’Environnement (5 juin) a été célébrée avec les enfants, autour de ce thème. « Nous avons utilisé des textes qui abordent le cycle de eau, et des vidéos qui montrent pourquoi certains objets flottent et d’autres pas. Nous avons apporté un aquarium pour que les enfants puissent réaliser eux-même des expériences.»
A travers ce genre d’exercice, les enfants découvrent la manière dont les scientifiques construisent leur travail. La visite d’un biologiste du Musée de Science de la Vie, qui viendra parler des micro-organismes qui vivent dans l’eau est attendue pour bientôt.
« Nous essayons de proposer des activités qui partent de leur réalité. Il y a une cascade près d’ici et grâce au microscope, nous pouvons faire voir aux enfants tous les organismes qu’on trouve dans l’eau de cette cascade. Rester au niveau du discours seulement, c’est trop abstrait », complète Adriana. Un autre exemple, qui concerne l’environnement et la santé, c’est la création d’un «sentier éducatif » maison-école, que les enfants parcourent quotidiennement.
Les vidéos enfantines aussi ont beaucoup de succès. « Nous avons récupérer un très grande nombre de dessin animés. Les enfants, préfèrent les regarder ici avec leurs copains plutôt qu’à la maison avec leurs parents, même quand ils ont un appareil chez eux ». Matin et après-midi, quand les enfants ne sont pas en classe, ils fréquentent cette « maisonnette qu’ils adorent» comme ils l’appellent affectueusement. Pour les parents, c’est un soulagement de savoir que leurs enfants ont un lieu où ils peuvent rester plutôt que de traîner dans la rue.
« Au mois d’ avril de l’an passé, il a eu un rassemblement au Pavillon Agricole pour lutter contre la «dengue». [ndt : une maladie transmise par un moustique particulier, l’Aedes Egypticus , qui provoque de fortes fièvres et peut dégénérer en une hémorragie interne mortelle. L’Aedes Egypticus se reproduit dans l’eau stagnante, d’où l’importance d’inciter la population à éliminer les flaques et couvrir les réservoirs pour ne pas laisser s’installer des foyers de prolifération du moustique.] Ils ont cité en exemple le travail qui était développé dans le Centre d’éducation informelle de « Caminho da Cachoeira ». Ma fille était otue fière. Elle demande toujours à pouvoir aller au Centre. C’est bien parce qu’autrement, elle resterait à la maison sans rien faire», raconte Mariele Silva, mère de Meriele, 7 ans. Mariele a 43 ans, elle a toujours vécu dans la communauté et elle est convaincue que tous les enfants adorent le Centre. « Ils sont déçus quand on promet de les y amener et qu’on ne le fait pas. Nous avons besoin de beaucoup de choses comme ça, ici, par exemple d’un centre de loisirs».

Mariele aime voir sa fille frequenter le Centre
Les enfants sont d’accord. Caio César da Silva ne perd pas une occasion de se rendre au Centre. Il est né à « Caminho da Cachoeira » et quand il n’a pas l’école, il va à la maisonnette: « Je suis venu la première fois avec ma cousine et quelques amis, et maintenant je viens parce que j’aime dessiner, regarder des vidéos et écouter des histoires ».
Prochaine étape : augmenter la quantité de livres et impliquer les parents dans les activités proposées. « La majorité des parents sont très jeunes. Nous voulons qu’eux aussi fréquentent notre espace. Donc nous rassemblons des revues et des publications pour adultes. On voudrait créer aussi un lieu dehors, avec des tentes, pour les adultes et les personnes âgées. », rêve Adriana.