Par Bolivar Torres
Adaptation: Fanny Pierre Galarneau et Pierre Le Duff
Le 8 octobre 2005, la Mairie a inauguré au Morro da Providência le projet Favela-Bairro [favela-quartier] [n.d.t le Morro de la Providence est une communauté localisée entre les quartiers de Santo Cristo et Gamboa dans la zone portuaire, zone centrale de la capitale Fluminense] En plus de différents travaux d’urbanisation, plusieurs édifices ont été restaurés afin de transformer la favela la plus ancienne de Rio de Janeiro en une sorte de «musée vivant» baptisé le Musée à ciel ouvert. Outre ces réformes, l’idée avait aussi surgi de mobiliser les citoyens et différents organes de la police civile et militaire afin de réaliser des visites guidées pour augmenter la visibilité de ce riche patrimoine culturel.

Une des attractions du circuit: L’église Nossa senhora da Penha é uma das atrações. À droite, l’un des trois belvédères
Initialement, un des principaux objectifs de ce Musée à ciel ouvert était d’intégrer la visite de la Cité de la Samba à celle du Morro da Providência. Profitant du potentiel touristique de ce lieu célèbre, ceci pouvait faciliter la connexion entre le Morro et l’Asphalte [terme désignant la population vivant à l’extérieur du Morro]. « Ce que nous voulons en fait c’est que nos visiteurs puissent connaître le musée à travers d´excursions accompagnées ou avec la liberté d´aller et venir à n’importe quelle heure du jour» explique Lu Petersen, une des conceptrices du projet muséologique Favela-Bairro, concept élaboré avec la collaboration de Dietmar Starke. «En résumé, cette initiative permet de produire des bénéfices, d’améliorer les infrastructures et permet le développement socio-économique et culturel de la communauté. D’un autre côté, ceci ouvre également la possibilité aux visiteurs étrangers de mieux connaître un riche patrimoine historique et culturel jusqu’à aujourd’hui méconnu par les propres habitants de la ville.»
Pourtant, deux années ont passé et cet objectif n’a pas encore été totalement atteint. Pour plusieurs raisons : le nombre de visites est toujours faible et quelques travaux ne sont toujours pas terminés. Par un après-midi ensoleillé, nous nous sommes promenés à travers les ruelles de la Providência pour discuter avec les habitants et mieux connaître le circuit.
La Praça Brum située à l’entrée du Musée au creux do Morro do Livramento, quartier datant du XIXe siècle, totalement délaissé par le patrimoine historique, est le point de départ du circuit. Une ligne tracée au sol indique le parcours à suivre à l‘intérieur du musée. Lors de cette visite guidée, il est possible d’en apprendre davantage sur l’histoire de la communauté et de remarquer quels monuments ont déjà pu profiter du projet de réforme et les travaux qui ne sont pas terminés.

Lú Petersen: “nous voulons attirer les visiteurs”
Avec ses 110 ans d’existence, la favela de la Providência se démarque par son rôle fondamental dans la culture de Rio de Janeiro. Son processus de formation est révélateur de celui des autres favelas, que ce soit du point de vue architectural, autant que dans la forme d´occupation, au-delà des points communs des mouvements de résistance à l´expulsion. C’est dans cette favela qu’est né notre plus grand écrivain: Machado de Assis. C’est aussi là qu’est apparue dans les années 30 l’ Agremiação Recreativista Escola de Samba Vizinha Faladeira qui a acquérit sa renommée comme la plus riche et innovatrice école de samba, et dont le pouvoir financier et la créativité ont révolutionné les défilés cariocas.
Après avoir monté les 155 marches d’un vieil escalier de granit construit au XIXe siècle par les esclaves, on arrive au Couloir Historique où le visiteur peut découvrir l’Église Nossa Senhora da Penha. Quelques mètres plus loin, s’élève un ancien réservoir d’eau datant de 1913 rebaptisé le « réservoir des souvenirs ».. Selon les habitants, c’est une référence et un point de rencontre majeur au sein de la favela dont
les murs solides ont su résister à de nombreuses années d’abandon. L’idée originale était de transformer ce lieu en une installation acoustico-visuelle où il serait possible d’entendre les témoignages des résidents et d’y lire l’histoire de la favela. Toutefois, cet objectif n’a toujours pas été réalisé.
D’autres points forts du musée sont la Chapelle du Cruzeiro datant de 1865 venant immortaliser l’Occupation de la Favela, l’Oratoire et la Maison de Dodô da Portela, la championne porte-drapeau du premier défilé officiel en 1937. À cette visite patrimoniale s´ajoutent également trois belvédères situés à des points stratégiques avec des vues sur la Central do Brasil , le Sambodrome, Les quais du Port, le Pain de Sucre et la Baie de Guanabara. Au sommet de la favela, s’élève encore un Oratoire qui conserve à l´intérieur une croix ayant été apportée par les soldats républicains du sertão bahianais.[n.d.t Région aride du Nordeste brésilien marqué par les sécheresses répétés et une géographie particulière].
Selon Lu Petersen, le projet urbanistique et architectural prévu est entièrement prêt. «Peut-être se rajouteront de nouvelles interventions, venant d’initiatives de la communauté, d’entreprises ou même de la Mairie », explique-t-elle. « En vérité, le plus urgent serait d’installer un système de transport vertical qui relierait la partie arrière de la Cité de la Samba au Musée. Il manque encore des petits jardins et des zones arborisées. »
Les habitants attendent les visites
Alda Maria Barroso âgée de 70 ans est l’une des habitante de la partie la plus élevée de la Providência. Elle habite la localité depuis 35 ans dans une maison près de l’Oratoire, où sa fille tient un salon de beauté. Elle croit que beaucoup de changements positifs ont découlé des réformes infrastructurelles du Projet Favela-Bairro. « Faire des travaux qui améliorent notre communauté, c’est toujours bien» nous confie Alda. « Je reste toujours à la maison, je ne sors pratiquement jamais d’ici. Alors toutes les restaurations qui améliorent notre communauté nous aide vraiment. » Cependant, Alda trouve étrange que le projet du Musée ne se développe pas comme il le devrait. « C’est paralysé, ça ne va pas de l’avant. C’est toujours pour les mêmes raisons, ce sont les plus puissants qui doivent amener le capital…» Jaílce Félix de Santos Lima, 50 ans, habite également la partie supérieure du Morro. Elle avoue être très intéressée par ce projet de développement et par l’augmentation du flux touristique. Comme elle tient un bar dans le quartier depuis 19 ans, elle voit dans ce projet la possibilité réelle de revitaliser les revenus de son commerce. Cependant, elle remarque que le nombre de visites est pour l´instant faible et elle explique ce problème par le manque de divulgation.

Réservatoir d’eau antique datant de 1913
Selon Lu Peterson, la violence serait l’un des grands obstacles à l´essor du musée. Malgré tout, Lu garantit faire tout son possible afin que le projet soit reconnu internationalement. « En 2006, nous y avons amené un groupe de 30 étudiants du MBA de l’Université Suisse de St Gallen. Le mois précédent, par exemple, nous sommes allés à Jacarezinho et à la Providência avec une équipe de l’École de Design de Harvard qui vont promouvoir au début de l’année prochaine une exposition valorisant deux de nos projets »
Une autre difficulté majeure, selon Lu, était les constants conflits armées nuisant visiblement à l’augmentation des visites. Pour chaque circuit programmé, des documents devaient être transmis au Bataillon de la Police Militaire ensuite transférés au CORE [n.d.t: Unité spéciale de la Police Civile de l’État de Rio de Janeiro destinée à intervenir dans des situations complexes de travail où les risques sont plus élevés] et au BOPE [n.d.t. : Le Bope est le Bataillon des Opérations Spéciales considéré à l‘intérieur de la police militaire comme la troupe d‘élites]. « Face à cette situation irrémédiable, nous avons décidé de maintenir les visites mais sans débuter de nouvelles activités», nous explique Lu. « C’est seulement depuis l´année dernière, quand fut implanté le Groupe des Opérations Spéciales de la Police Militaire/GEPAE que la situation a commencé à passer sous contrôle. C’est à partir de ce moment que nous avons pu établir une programmation de projets sociaux de la Mairie et activer la recherche de possibles entrepreneurs intéressés par le quartier. »
Pour ce qui est de la violence, en plus d’effrayer les touristes et les entrepreneurs, elle cause plusieurs dommages visibles aux œuvres et aux monuments. « Environ dix jours avant l’inauguration du Musée en 2006, la Chapelle de Canudos et peu de temps après la Maison-Musée de Dodô de la Portela ont souffert d’importants dommages causés par les affrontements entre policiers militaires et trafiquants. Quand s’est produit l’Occupation de la Providência par les Forces Nationales[n.d.t: Par définition, les Forces Nationales résultent d'un programme de coopération de Sécurité Publique entre le Secrétaire National de la Sécurité Publique et le Ministère de la Justice. Elles sont mises en place lorsque le Gouverneur nécessite un auxiliaire fédéral pour contrôler des actes brimant la loi et l’ordre et dont les forces de sécurités locales ont perdu le contrôle], la chapelle a de nouveau été atteinte par les tirs et elles y sont entrées par effraction et ont arraché
l´autel qui avait été renové du mur, à la recherche de drogues et d’armes volées. Près de 40 réservoirs d’eau de la communauté ont été endommagés
Comme il est difficile d’attribuer la culpabilité des dommages à un groupe spécifique, il est impossible de reclamer des indemnités de dédomagement. «Il est évident que les coûts de réparations en deviennent lourds pour la Mairie mais il n’y a aucun moyen d’obtenir des dédommagements. »
Bonjour!
animatrice sur RTN, radio de Suisse romande, je propose chaque semaine à mes auditeurs de découvrir un blog, sous forme de feulleton quotidien. Et votre travail me touche et m’intéresse. C’est donc sur ce blog que nous allons passer cette semaine. Et votre blog sera en lien sur celui de mon émission.
Bravo pour votre travail! Avec mes chaleureuses salutations
Joëlle
putt says : I absolutely agree with this !
Bonjour,
Tres imteresses par vos actions, nous sommes deux couples de voyageurs francais a ctuellement au Bresil a la decouverte des realites du pays.
Nous sommes a Rio entre le 15 et le18 aout .Est-il possible de vous rencontrer sur place pour mieux connaitre vos activites.
Petit probleme, nous ne parlons pas bresilien ( en dehors de quelques mots de la vie courante.
Vous pouvez nous repondre par e-mail a mon adresse pour un eventuel contact direct.
Merci
Pierre,Therese,Jean Francois et Fanchette