Par Fabiana Gonçalves
Adaptation: Fanny Pierre et Pierre Le Duff
Il est six heures du matin, mais Zoraide Gomes, 36 ans, habitante du Morro dos Prazeres, dans le quartier de Santa Teresa, est debout depuis bien longtemps. Pour amener ses enfants au collège? Pour préparer le dîner? Pas du tout. Dans son emploi du temps, il y a d’autres priorités qui priment bien avant les travaux domestiques. Et le temps, c’est ce qui manque le plus dans le quotidien de cette Pernamboucaine [originaire de l’État du Pernambuco, Nordeste brésilien].
Mère de 3 enfants, Zoraide partage son emploi du temps entre plusieurs activités.
En plus d’être productrice dans l´événementiel et agente de tourisme, elle coordonne également des actions au sein du projet PROA (Prévention Réalisée avec Organisation et Amour). Et le travail, ce n’est pas ce qui manque :
«Dans le cadre de ce projet, nous distribuons des préservatifs, faisons des contrôles de la pression artérielle, facilitons l’ accès au marché du travail, aux soins médicaux, nous aidons des jeunes à obtenir différents documents et appuyons ceux qui éprouvent des difficultés à s’inscrire dans des écoles. »

Mariana: “assez de machisme!”
Avec toutes ces activités, il ne reste pratiquement pas de temps libre à dédier aux tâches domestiques. Pour cela, l´aide de ses enfants adolescents est essentielle. Cette contribution familiale aux tâches ménagère existe selon Zoraide parce qu´elle leur a appris à collaborer depuis l´enfance.
«Cela fait à peu près 2 ans que j‘ai commencé à me détacher un peu de ces activités domestiques. Premièrement parce que mes enfants grandissent et si je devais tout organiser, je devrais me réveiller tous les jours à 5h du matin. Alors dès petit, je leur ai enseigné comment faire et aujourd’hui nous partageons toutes les tâches», dit-elle.
Sans préjugés …
Apprendre dès l’enfance à ne pas alimenter des préjugés dans la réalisation des tâches domestiques à été fondamental dans la vie du superviseur de sécurité Hermano Andrade, âgé de 36 ans. Il y a 7 ans, Hermano a perdu sa femme. Obligé de s´occuper seul de sa fille, âgée d’un an à l´époque, il a du être à la fois père et mère. Heureusement, il a très bien réussi à assumer ce double rôle.
« À l’époque, ma charge horaire de travail était de 10h par jour. Je me réveillais à 4h30 pour préparer le biberon et trier le linge de ma fille. À 6 heures, je quittais la maison pour l´amener à la crèche et je me rendais au travail. Normalement, elle s’endormait à 22hrs et je restais encore éveillé jusqu’a minuit pour terminer d’organiser tous les préparatifs du lendemain. »
Selon les données du PNAF, de tous les hommes, seulement 51,1% participent aux activités domestiques comme le fait Hermano, habitant de Duque de Caxias dans la Baixada Fluminense. [n.d.t.: Duque de Caxias est une ville au sein de la Région Métropolitaine de Rio de Janeiro] Pour Hermano, il est important de partager les tâches entre tous les membres de la famille. Il pense que les hommes rechignent encore beaucoup à cette participation à la maison.

Priscila a arreté de travailler après la naissance de son enfant
« C’est une crainte chez les hommes de se sentir fragilisés. Seulement parce qu’ils participent aux tâches ménagères, ils ont peur de ce que leurs amis vont dire. C’est très machiste. Les responsabilités doivent être partagées, l´un appuyant l’autre pour que les deux puissent avancer ensemble », nous apprend-il.
Pour Prisicila Mendes, 18 ans, l’aide du mari est déjà devenue quasiment nulle. Ce qui confirme les données du PNAD, qui revèlent que la participation des hommes aux tâches après une naissance est de 9.6 heures par semaine contrairement à 29 heures pour les femmes. Dans la maison qu’elle divise avec son conjoint au Morro dos Prazeres, il arrivait parfois à son mari de coopérer avant la naissance de son bébé de 5 mois, mais cette époque est révolue…
« Je ne crois pas que ce travail soit l’obligation de la femme mais si j’attendais son aide, ma maison serait dans le plus grand désordre. Après être tombée enceinte j´ai du arrêter de travailler, mais auparavant, même si je travaillais à l’extérieur du foyer, je me levais à 6h du matin pour que tout soit prêt », dit-elle.
Selon Priscilla, avec autant de travail, elle manque de temps pour tout. Ces derniers temps la jeune femme pense à mettre le bébé à la crèche, principalement pour reprendre ses études. « Je suis épuisée! Il faut ranger, laver le linge et cuisiner tous les jours. J’aimerais suivre un cours et pouvoir prendre davantage soin de moi, car j’en ai besoin ».