Par Vanessa Campanario, adapatation Jean-Jacques Fontaine
Ceux qui rêvent de nature et de sport extrême dans des lieux insolites peuvent aller pratiquer leurs hobbies dans la banlieue de Rio de Janeiro, en découvrant la « Baixada Fluminense », [ndt : une région populaire située au nord de Rio de Janeiro où les « cariocas » (les habitant de Rio) ne se rendent pratiquement jamais. C’est en effet une zone considérée comme dangereuse et très violente.] et ceci grâce au GEXP, le Groupe Expéditionnaire, qui leur propose des activités sportives permettant d’explorer l’environnement de cette région pauvre, densément peuplée, et de le respecter.
Le Groupe Expéditionnaire, c’est un groupe d’amis de Nova Iguaçu, qui se sont donnés pour objectif la promotion d’un tourisme écologique local. Les visites guidées qu’ils organisent ont lieu au Parc Municipal et dans la Réserve Biologique du Tinguá, tous deux situés à Nova Iguaçu. 3.700 personnes environ ont déjà participé à ces promenades organisées par le groupe depuis quatre ans qu’il existe.
L’itinéraire le plus fréquenté, c’est la découverte de la « Pedra da Contenda », mieux connue sous le nom de « Rocher du Lion », à deux heures du centre-ville de Nova Iguaçu. Il comporte une montée de 1.5 km en forêt et sur la terre battue, niveau de difficulté deux sur une échelle de dix, c’est idéal pour ceux qui ne sont pas habitués aux efforts physiques. Et au terme du parcours, les excursionnistes parviennent au sommet du cratère de cet ancien volcan d’où ils ont une vue privilégiée sur la ville de Nova Iguaçu avec la Baie de Guanabara dans le fond.
Ecologie et sport extrême
Lors de chacune de ces randonnées, des explications sont données sur l’importance des petites actions pour préserver la nature. “Nous remportons tout ce que nous amenons, verres, emballages, sacs plastiques, et nous récoltons les ordures que nous rencontrons sur notre chemin”, explique Marcelo Henrique Nogueira, coordinateur du Groupe Expéditionnaire.
Mais le clou des activités du GEXP, ce sont les sports radicaux proposés gratuitement en complément des excursions : escalade, marche en forêt, navigation, et aile Delta, qui permettent de stimuler la pratique de sport peu connus dans cette région.
“L’activité qui motive le plus les visiteurs, c’est le rappel. Comme c’est un sport dont l’équipement coûte cher, il ne peut pas se pratiquer n’importe où. Notre offre éveille donc la curiosité des gens “, poursuit Marcelo.
Felipe Silva, 16 ans, est l’un des participants les plus assidus. “J’aime les activités qui mélangent nature et sports radicaux, surtout le rappel qui stimule l’adrénaline ! Chaque descente est un nouveau défi. J’ai commencé très jeune, pour le plaisir, maintenant je m’entraîne pour devenir moniteur”.

Felipe: toutes les visites sont un défi
Contre le stress de la vie urbaine
La plupart des participants mènent d’habitude une vie urbaine. Cloîtrés à l’intérieur de bureaux, ils n’ont pas de proximité avec la nature. C’est le cas de Rita Rodrigues, 49 ans, avocate, qui travaille dans le centre de Rio de Janeiro :
“À 40 ans je me sentais finie, incapable de quoi que ce soit, j’avais peur de tout. Maintenant, je suis une autre personne. Venir ici a été un acte de dépassement personnel qui a changé mon rythme de vie. Je ne savais pas que j’étais en aussi bonne forme physique”, confesse-t-elle.
Son assiduité et son envie de connaître d’autres sports se sont développées. “Après le rappel, j’ai pratiqué l’aile Delta. Maintenant, je réfléchis à mon prochain défi. Je veux qu’il reste à l’intérieur de mes propres limites. Mais aujourd’hui, je me sens plus sûre de moi, même sur le plan professionnel”.
Rita a invité un groupe d’ami à venir faire l’excursion du Rocher du Lion et à s’aventurer dans les sports radicaux. Parmi eux, Sônia Fagundes, 47 ans, assistante judiciaire, pour qui, c’est la première fois : “Je suis venue chercher l’aventure. J’avais un peu peur pour le rappel, mais j’ai tellement aimé que la prochaine fois, je vais descendre face au vide. Les gens disent que ça donne plus d’adrénaline “, avoue-t-elle dans un grand éclat de rire.
Pour Sônia, le plus difficile de l’expéditiona été de gravir la montagne, mais à la fin, ça valait l’effort. “Le panorama depuis le sommet est merveilleux et la sensation de liberté est impressionnante. Pour celui qui n’a jamais rien fait de tel, c’est revigorant d’être là-haut “. Même les ampoules aux pieds causées par la marche ne l’ont pas découragée…
A l’origine, une idée éducative.
Le projet du GEXP date de 2003 et il était orienté au départ vers les enfants et les jeunes des milieux pauvres. “Nous avions conscience que nos enfants devaient avoir de quoi occuper leur loisirs, surtout dans la période difficile qu’est l’adolescence. La pratique des sports de montagne a été fondamentale pour leur éducation”, explique Vânia Silva de Paula, l’une des fondatrices du projet. “Cela leur a permis de remplacer la rivalité et la compétitivité par la camaraderie, la solidarité et le respect. Beaucoup de mères venaient nous dire combien le comportement de leurs fils avait changé. Ces activités enseignent des valeurs importantes et apprennnent à mener une vie plus saine “.
Hélas, le manque de temps et d’argent ont obligé les organisateurs à suspendre l’expérience. “Quelquefois, nous faisions une tombola pour couvrir les frais, mais c’était ponctuel et ça ne suffisait jamais. On ne pouvait pas continuer à maintenir le projet comme ça”, poursuit Vânia Silva.

Après la montée, la vue du village
Le groupe s’est alors reconverti dans le tourisme. Aujourd’hui il ne propose ses activités que les fins de semaine et pour des groupes qui ont préalablement réservé leurs promenades. Chaque week-end, deux équipes, capables d’accompagner 40 personnes, sont sur pied. Aucun accident n’a encore eu lieu et les guides sont tous entraînés à apporter aide et sécurité aux visiteurs. Cristian Page, instructeur de rappel et guide touristique, est le responsable des relevés cartographiques de la zone : “Ma fonction c’est de vérifier avant chaque randonnée si la voie est praticable. Toutes les promenades sont faits avec l’autorisation de l’IBAMA ” [ndt : Institut Brésilien de l’Environnement]
Promouvoir un autre regard sur la « Baixada Fluminense »
L’objectif du Grupo Expéditionnaire est de développer le tourisme écologique à plus large échelle dans la région, surtout maintenant que des investissements sont prévus dans le secteur de Nova Iguaçu dont le territoire abrite 1/3 de la forêt primaire Atlantique de la réserve biologique de Tinguá.
“Le fait que des personnes de l’extérieur, qui ne connaissent pas la ville, qui ne sont jamais venu à cause de la mauvaise réputation qu’a la Baixada Fluminense, nous rendent plus souvent visite, représente un changement positif pour la région”. explique Marcelo Henrique Nogueira.Marcelo, le coordinateur du projet.
Prochaine étape, faire figurer le projet dans les prospectus touristiques de l’État de Rio. Les visiteurs auront ainsi l’occasion de connaître de près, à travers les promenades proposées, quelques-uns des lieux de mémoire de la région, comme le chemin de fer du XIX° siècle et son ancienne gare, ou la route de l’or, avec son aqueduc, construit par les esclaves.
” Ce n’est pas une question financière, car chacun paie ce qu’il peut. Nous, on aimerait seulement que plus de gens viennent faire notre connaissance et contribuent par là à diffuser une nouvelle image de la Baixada Fluminense. Après tout, nous ne devons pas laisser sombrer dans l’oubli le fait qu’une partie de l’histoire do Brésil passe par chez nous. Et nous avons des endroits touristiques aussi jolis que Rio. “, conclut Marcelo, convaincu.
publié le 31/01/2008 sur: http://www.vivafavela.com.br/publique/cgi/public/cgilua.exe/web/templates/htm/principal/view_0009.htm?editionsectionid=9&infoid=45622&user=reader