Par Claudio Costa Rosa, adaptation Jean-Jacques Fontaine

Quand explosent les feux d’artifice du Nouvel An, les inconnus s’embrassent et les familles fraternisent… C’est le moment de retrouver des forces pour 2008, de faire des vœux et de rêver à des jours meilleurs. Surtout pour ceux qui ont eu à affronter des difficultés l’an dernier. Comme Douglas, Margareth, M. et Paulo. Ces 4 là attendent maintenant que leurs désirs se réalisent.
Condamné à quatre ans de prison pour agression à main armée, en liberté depuis neuf mois, M. 31 ans, peine à trouver un emploi. Sa famille l’a rejeté, il habite aujourd’hui un petit studio dans le quartier de Queimados, mais il n’a pas abandonné l’espoir de renouer avec une vie qu’il appelle normale. “Ce qui me fait le plus mal, c’est qu’on ne me donne pas la chance de m’en sortir. Oui, j’ai commis des erreurs, mais j’ai payé. Je ne veux plus jamais retourner dans le monde du crime.”
Un emploi et une famille…

M. souhaite une vie meilleure
Une année meilleure, pour M., cela veut dire trouver un emploi et renouer avec sa famille. Ses errances antérieures, il les dira peut-être un jour aux enfants pour qu’ils ne commettent pas les mêmes erreurs que lui… “En leur racontant ce que c’est que la vie en prison, ils deviendront peut-être des hommes de bien plutôt que des criminels, qui sait!”, confie-t-il, ému par le spectacle des feux d’artifice. Cela fait 4 ans qu’il n’a pas pu y assiter. Début janvier, M. aura un entretien d’embauche pour un éventuel emploi dans un supermarché.
Margareth de Oliveira Olegário habite Pavuna dans la périphérie de Rio. Enseignante et titulaire d’un post-grade de psycho-pédagogie de l’Université catholique, elle a tout, à priori pour être une personne normale. A un détail près : elle est aveugle de naissance. Depuis février dernier, Margareth a un emploi. Elle travaille dans une école municipale de Queimados où elle a pu se faire engager à travers un concours public.
Elle se souvient des difficultés qu’elle a eues à se faire admettre comme fonctionnaire de la préfecture, même en ayant réussi le concours d’aptitude à l’enseignement. ” Ils ne m’ont pas prise en considération, ils m’ont dit qu’avec mon handicap, je ne serai pas capable d’exercer cette fonction. C’est seulement après avoir fait recours devant la justice que j’ai été admise.”.
Margareth déplore que les préjugés à l’égard des handicapés soient encore si vivaces, mais elle a bon espoir : “L’année prochaine sera plus tolérant peut-être?”. Elle aimerait qu’on donne plus d’information à la population sur cette question, et qu’on lui offre un ordinateur pour l’aider dans les leçons qu’elle prodigue à Bruna, neuf ans, son unique élève pour l’instant.
Renouveau dans la dignité…
La recherche d’une vie meilleure va au-delà du seul désir de paix. Les gens que nous avons interrogé en ce début d’année ont tous une même pensée: retrouver leur dignité. C’est le cas de Douglas Lopes, 15 ans, ex-enfant des rues qui a trouvé refuge au centre communautaire d’assistance aux mineurs « Arminda Marques », de Queimados.

Douglas dormait sous les marquises
L’histoire de Douglas est semblable à celle des 288 enfants dont s’occupe cette institution. À huit ans il vendait des bonbons aux automobilistes arrêtés à un feu rouge et dormait dans les rues de Nova Iguaçu [une agglomération de la grande banlieue de Rio]. “Je m’abritais sous des marquises des magasins. Des fois, des gens nous maltraitaient. Ça a été un moment difficile, mais grâce à Dieu, Tia Regina m’a amené au centre communautaire “.
Soeur Regina, c’est la responsable de l’institution. Elle traverse une situation financière difficile. Son espoir, c’est qu’en 2008, l’abri puisse bénéficier de conditions plus favorables pour accueillir les enfants. Douglas lui, rêve aussi à un avenir meilleur: ” Cette année, je vais faire un cours pour entrer dans la Marine.”
De l’espoir et des ordures.
Dans la banlieue de Rio, Paulo Ribeiro trie les déchets recyclables. Il a 48 ans et c’est une des nombreuses personnes qui vivent d’un travail informel. Avant, il était portier d’immeuble. Sans emploi aujourd’hui, il tire des déchets de quoi faire vivre sa femme et ses trois enfants.
“J’ai été licencié il y a trois ans, mais je n’ai pas perdu l’espoir. Cette année, les portes d’un emploi formel s’ouvriront pour moi”, explique-t-il, essoufflé par l’effort qu’il fournit pour tirer derrière lui son chariot d’ordures surchargé.
A la maison, sa femme Luiza, ses filles Leila et Tatiana, de 22 et 18 ans et Thiago,15 ans l’attendent. Ils partagent l’angoisse de leur père et mari. Leila, l’aînée, travaille comme nettoyeuse et contribue aux dépenses de la famille. Elle résume le sentiment général : “Mon père est un battant. Même avec toutes ces difficultés il a su préserver sa dignité et il croit que demain sera meilleur”.
Publié le 2 janvier 2008: http://www.vivafavela.com.br/publique/cgi/public/cgilua.exe/web/templates/htm/principal/view_0002.htm?editionsectionid=2&infoid=45561&user=reader