
Renata Sequeira, adaptation Jean-Jacques Fontaine.
Snoop Dogg et Pharell, deux rappers américains, sont passé par là. Michael Redford metteur en scène du film “Le facteur et le poète”, aussi. Ils sont venus rendre visite à la communauté de Tavares Bastos, dans le quartier de Catete, Zone Sud de Rio de Janeiro, et, comme beaucoup d’autres touristes, ils ont logés dans la maison de Bob Nadkarni, un Anglais de 63 ans qui vit depuis 25 au Brésil. Bob a choisi d’habiter dans un bidonville et sa maison est devenue une auberge, qui reçoit des visiteurs du monde entier. Elle est aussi un lieu de rencontre avec des brésiliens pour les amateurs de jazz et de bossa nova et abrite un centre culturel et un atelier, que son propriétaire veut transformer en galerie d’art.
Car Bob Nadkarni gagne aussi sa vie comme peintre. Il a déjà réalisé trois expositions, dont la plus importante au Centre Culturel dos Correios, avec 113 oeuvres. Mais il est d’abord journaliste, réalisateur de documentaires pour des télévisions étrangères. A son actif, déjà 400 films. Son histoire d’amour avec Rio de Janeiro commence en 1972, après un divorce difficile. Il faisait les Beaux Arts, à Londres et s’embarque sur un navire à destination de l’Equateur pour se changer les idées. Victime d’une panne, son bateau est obligé de relâcher à Salvador de Bahia, le premier jour du Carnaval.
Psychothérapie brésilienne…
J’ai été rapté par des filles brésiliennes, ça a été bien plus agréable et bien meilleur marché que d’entreprendre une psychothérapie”, raconte-t-il. Une année plus tard il est expulsé par les militaires, “à cause de mes cheveux longs, je pense, parce que je n’ai jamais touché à la drogue de ma vie”. Suite à cet épisode il passe encore sept ans en Angleterre et voyage autour du monde comme cameraman. Il repasse plusieurs fois au Brésil “Je pourrissais la vie des militaires. J’ai fait une vidéo qui montrait les tortures subies par un prêtre italien, et une autre tournée clandestinement dans un syndicat. Ils ont voulu m’arrêter mais je leur ai dit que c’était trop tard parce que le film était déjà à Londres “.

Bob et sa terrasse
En 1979, Bob met un point final à sa vie anglaise et s’installe définitivement au Brésil. Il découvre Tavares Bastos deux ans plus tard, lors d’une visite à son employée de maison, malade, et décide de s’y installer: “Le chantier a commencé le 28 octobre et six mois après je vivais déjà sur place. En fait, c’était le centre culturel de la communauté, où étaient organisées dfférentes activités. Moi, je logeais juste en dessus”. En 1984, le centre disparaît. “J’étais en voyage en Indonésie, à mon retour, ils avaient vendu l’immeuble! J’ai dû me battre pendant sept ans pour le récuperer. Au départ, quelques personnes n’ont pas apprécié l’idée qu’un étranger s’installe ici, mais la majorité des habitants m’a bien accepté. Quelqu’un a même dit qu’après qu’un étranger ait emmenagé dans la communauté, il pouvaitt relever la tête et être fier de Tavares Bastos “, complète Bob.
Il a choisi de s’engager pour la défense des intérêts de la communauté dans laquelle il élève ses trois enfants, Bruno, 20 ans, Lucy, 5 et Eric, 3 ans. “Depuis cinq ans je suis membre de l’association des habitants et nous avons mené à bien tout ce qui n1avait pas été fait depuis 20 ans. Notamment l’implantation d’un bataillon d’élite de la police. “Maintenant l’endroit est tranquille.” Notre peintre affirme n’avoir jamais eu de problèmes avec les trafiquants de drogue, même après que ces derniers aient pris le contrôle de la favela. “Ces histoires guerre au quotidien, de vol, de corruption de la police, c’est tout de la fiction ici! (Bob fait allusion au tournage d’ une “novela”, -un feuilleton télévisé-, qui est en cours à Tavares Bastos au moment de l’interview).
Une auberge (presque) espagnole!
C’est grâce à cette tranquillité qu’il lui a été possible de construire son auberge et d’y accueillir chaque vendredi des rencontres de jazz et de bossa nova, explique-t-il. “La fréquentation est majoritairement le fait d’étrangers de passage à Rio, parce que les brésiliens de la classe moyenne ont peur de monter dans une favela le soir. Mais aussi parce que les prix sont trop élevés pour les habitants de la communauté “.L’entrée coûte R$15 et donne droit au barbecue en compagnie de musiciens internationaux. Certains vendredis, les concerts rassemblent plus de 100 personnes.

Les peintures de Bob mesurent environ 1m80 d’ hauteur et 1m50 de large
Idem pour les 8 chambres de l’auberge qui ne désemplissent pas. L’idée de créer un endroit pour héberger des visiteurs à Tavares Bastos est venue de l’étranger. Plus exactement d’un Allemand qui envoie un jour un courrier électronique à Bob en lui demandant s’il peut le loger. Notre anglais décide alors d’aménager un gîte d’accueil. “J’avais 50 ans et je commençais à me faire vieux pour la profession de reporter. Et puis j’avais un fils de 1 an, alors je me suis dit qu’il fallait trouver quelque chose qui puisse apporter une source de revenu complémentaire à ma femme. L’auberge c’était la solution idéale.”
Il est assez rare que des brésiliens viennent y loger, mais c’est déjà arrivé. “Un photographe de São Paulo est resté neuf mois ici, mais c’est une exception”. Et de poursuivre: “j’ai déjà eu de tout ici: un étudiant de 19 ans, un enseignant de l’université de Boston de 78 ans, un écrivain anglais qui voulait finir son livre… “
Les projets de Bob pour 2007, c’est d’abord un nouveau mariage, avec la mère de leurs deux fils cadets. “Toute la famille brésilienne de ma femme va venir ici. Et je veux avancer dans la production de mon proche film. Jusqu’à présent, j’ai passé ma vie à courir le monde, maintenant je veux que le monde vienne à moi!”
Publié le 24 janvier 2007: Version originale sur le portail Viva Favela