Par Fabiana Oliveira, adaptation Jean-Jacques Fontaine

“Une échoppe, la maison de voisins, un trou dans un mur, tout est bon pour échapper aux balles”. Témoignage anonyme sur le quotidien vécu entre avril et juin 2007, par les habitants de la favela de Grota, un des bidonvilles du Complexe de l’Allemand, dans la Zone Nord de Rio de Janeiro. Policiers et trafiquants de drogue se sont livré une guerre de position, pendant plus de 8 semaines, pour le contrôle des quleques 15 bidonvilles qui composent l’une des pus grande favela de la ville. Les échanges de tirs quotidiens ont fait 43 morts et 81 blessés.
Beaucoup de ces victimes sont des habitants pris en otage par un conflit qui ne les concerne pas. Pour eux, c’est chaque jour la même routine de terreur : échange de coups de feu, tension soudaine, les rues se vident, les commerces baissent le rideau de fer, ceux qui se trouvent dehors cherchent n’importe quel abri pour échapper aux balles perdues.
Avec la moitié de ses magasins fermés G., 54 ans, a déjà renoncé à faire le compte des pertes qu’il a subies à cause des fusillades constantes. Cela fait 10 ans qu’il vend des produits pour enfants dans ses trois magasins situé à Grota, Nouveau Brasília et sur la Route de l’Itararé. Lui et sa femme, J., 41 ans, ont aussi perdu le compte du nombre de fois où ils ont dû donner refuge à des habitants pris au piège.
Des pertes incalculables…
“S’il y a une fusillade les gens ferment les portes à clé et attendent que ça cesse. Qulequefois nous sommes restés plusieurs heures couchés sur le sol, sans nourriture, sans rien,. Et à ce moment, on recueille tous ceux qui passent par la rue. Cette guerre a mis fin à toutes nos fêtes, Le Jour des Enfants, le Nouvel An, le Carnaval de rue. »

G: perte de R$100 mil
L’entreprise du couple emploie 7 personnes, toutes déclarées et pour lesquelles G et J payent les cotisations sociales. En devant fermer réculièrement leurs portes, ils accumulent les dettes. Déjà R$ 100 000. Et plusieurs de leurs fournisseurs refusent maintenant d’entrer dans la communauté pour leur livrer la marchandise.
“On dit souvent que dans les favelas, tout est illicite, que les commerçants travaillent avec des produits volés. Nous sommes la preuve du contraire. Nos 3 magasins sont enregistrés auprès de 100 fournisseurs et maintenant certains d’entre eux ne veulent plus nous livrer. Ils ont peur pour leur voiture s’ils viennent dans le quartier. Tout le monde est concerné, dans toute la région”.
“Mon fils de 14 ans n’entre plus dans la favela de Grota. Il a trop peur. N’importe quel bruit l’effraye, il pense tout de suite que c’est un tir ». Poursuit J. « Aujourd’hui nous vivons une situation calamiteuse. Il n’y a plus sécurité, on ne sait plus qui nous protège. [nota : La « protection » dans les favelas de Rio donne souvent lieu à une concurrence entre trafiquants et agents corrumpus des forces de l’ordre qui « assurent » la sécurité de zones déterminées contre une rémunération extorquée aux habitants. Selon certains observateurs, les opérations armées de la police contre des délinquants sont parfois motivées par des conflits concernant le contrôle de ces secteurs de protection] Je suis fatiguée de voir des enfants jouer dans la rue avec des douilles de balles. Il y en a qui ne sortent même pus de chez eux pour aller à l’école. Ici nous avons besoin de centres sociaux, d’urbanisation des rues, de postes de santé. Mais chaque jour qui passe, c’est l’inverse, nous ne voyons venir aucune solution, seulement plus de destruction ” commente une autre habitante de Grota
Portes fermées…
A côté, à Vila Cruzeiro dans le quartier de Penha, même scénario. Depuis le 2 mai, le Bope (le Bataillon d’Opérations speciales de la Police Militaire) occupe la communauté. L’objectif, est de mettre La main sur les assassins de deux policiers militaires, tués le 1er mai en bas de la favela, alors qu’ils effectuaient une surveillance dans la rue Oswaldo Cruz, la rue où João Hélio Fernandes, six ans, est mort, alors que la voiture de sa mère venait d’être volée. [Nota : la portière du véhicule était restée ouverte et Joao Hélio, emprisonné par sa ceinture de sécurité, a été traîné sur plusieurs kilomètres à l’extérieur de la voiture lorsque les voleurs ont pris la fuite à toute allure.]

Après les coups de feu, on trouve des cartouches sur la rue
En quinze jours la confrontation entre police et trafiquants a fait 46 blessées et 15 morts et les habitants sont privés de services de base comme la livraison du courrier, la fourniture de bombonnes de gaz et le ramassage des ordures. La nuit, souvent, il n’y a plus d’éclairage public car les échanges de balles atteignent et détruisent les transformateurs et les lampadaires.
Pour le chanteur de funk Valnei Miranda, surnommé le « Mac Playboy », qui chante depuis 18 ans le quotidien de bidonvilles de Penha et de l’Allemand, cette bataille affecte beaucoup plus les habitants que les trafiquants en les obligeant à vivre constamment en état de guerre. “Pendant la confrontation,La plupart des personnes touchées n’ont rien à voir avec le trafic. La fusillade atteint les transformateurs et tout le monde est dans El noir. La compagnie d’électricité ne vient pas rétablir la lumière parce que ses employés ont peur. Les provisions qui sont dans le réfrigérateur se perdent. La maman n’a plus de lait pour son bébé. Impossible d’aller chercher du pain à la boulangerie. La communauté reste à l’abandon jusqu’à ce que les choses se calment et reviennent à la normale “.
Avis partagé par le président de l’Association des Habitants du Caracol (l’Escargot), dans la Penha. Selon Hércules Mendes, 48 ans, les conflits dans Vila Cruzeiro ont touché les 10 bidonvilles voisins du Complexe. « La police doit travailler avec plus d’informateurs avant d’agir afin d’éviter de faire des habitants des victimes innocentes.
“Le climat est tendu, plusieurs personnes ont déjà été atteintes par des balles perdues. Les gens ont peur de sortir pour aller travailler, les écoles sont fermées. Ce que nous voulons, c’est être respecté. C’est à cela que les gens aspirent. Les habitants ne sont pas fautifs. La police doit faire son travail, mais de manière intelligente », martèle-t-il.
http://www.vivafavela.com.br/publique/cgi/public/cgilua.exe/web/templates/htm/principal/view_rev_0009.htm?editionsectionid=9&search%5Fby%5Fsection=all&search%5Fby%5Fyear%5Ffrom=&search%5Fby%5Fmonth%5Fto=&query=simple&keywords=rotina+do+terror&search%5Fby%5Fyear%5Fto=&search%5Fby%5Fday%5Ffrom=&search%5Fby%5Fstate=all&search%5Fby%5Fheadline=false&search%5Fby%5Fauthorname=all&user=reader&search%5Fby%5Fmonth%5Ffrom=&infoid=44980&search%5Fby%5Fday%5Fto=&search%5Fby%5Ffield=tax&search%5Fby%5Fpriority=all